ALbum Number One Exemplaire test 007

ALbum Number One Exemplaire test 008

ALbum Number One Exemplaire test 005

 

 

Commentaire de Christine Brunet, juin 2016

 

Un moment que j'avais envie de me replonger dans l'univers des mots de Carine-Laure Desguin. Le petit "Album number one Cinéma magique" est arrivé et lu dans la foulée.

Comment expliquer ?

L'univers poétique de Carine-Laure est particulier dans le sens qu'il est à part. Il est explosions, feu et glace, swing et coups de bâton. Cet univers, c'est celui de la vie, celui des villes, celui des rêves. Il est celui qui ne sera pas mais qui est.

Cet album de poésies-chansons se lit à haute-voix en tentant de recréer le rythme qui va avec... et au fil des vers, le rythme s'impose et on swingue, on rape, on scande, on augmente le son.

Les mots collent à la peau de son auteur, c'est une évidence: ils sont ce qu'elle est. Mais ils scotchent les lecteurs qui s'aventurent entre les lignes, ils le secouent et l'éblouissent.

Carine-Laure, mais qu'est-ce que tu nous fais ?

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Commentaire d'Eric Allard, juillet 2016

 

Des chansons sur notre drôle de vie

 

Cet album original comprend des textes de chansons en quête de musique mais qu’on peut aussi bien lire sans, tant, telles qu’ils sont écrits, ils incluent, font entendre la leur.

 

On s’fera la malle, c’est un peu la chanson goldmanienne sur le mode de l’envol et qui prône le départ, l’arrachement aux habitudes qui nous conditionnent en nous promettant les étoiles, la paix dans le monde et le secours pour les plus démunis. Sauf qu’on y lit bien vite : On ira suivre les chacals / Hisser les oripeaux Ou Nous sommes tous vivants vivant des jeux de rôles...

 

On retrouve dans les autres textes de cet album au titre très euphonique cette ouverture/fermeture au monde comme Dans des ciels bleus où, à une envolée, une ascension vertigineuse, succède la chute inattendue…

 

Il pleuvra des amoureux

 

Sur la terre des déserts

 

Dans Bordel cette route, c’est d’un voyage dans l’enfer de la drogue et des villes fantômes dont il s’agit.ob_2a74e0_album-number-one-exemplaire-test-008.JPG

 

Alors je vais

 

Cueillir la daube

 

Cette poussière blanche

 

La dernière fois raconte le souvenir d’un moment passé avec une personne morte dans un accident, nous rappelant qu’on devrait toujours vivre les moments partagés avec un être comme s’ils étaient les derniers…

 

Cinéma magique souligne à sa manière que toute chanson est un film en miniature qu’on regarde défiler et dans lequel on joue par procuration.

 

Tes crayons de couleur

 

Taille-les sur mon cœur

 

Le Big Bang électronique relate une catastrophe bien réelle que certains continuent à ne pas voir…

 

Les carrefours mécaniques

 

Rassemblent

 

Les clones et les cliques

 

La vie fera bien ça est une chanson consolatrice, une sorte de berceuse, de prière tournée vers l’avenir.

 

La vie fera bien ça

 

Rendre ce qu’elle nous doit.

 

Le jour prochain s’ra loin raconte l’Hôtel du Déversoir où l’on passe de vie à trépas…

 

Dans un ciel d’éternité

 

Tes jours sont enterrés

 

Dans Thanksgiving Dayc’est le décor d’une ville en fête toute la sainte journée ; soudain Au hasard dans la foule / un inconnu  s’écroule...

 

Cet album number one offre ainsi une palette émotive contrastée mariant la mort à la folie des hommes, la misère à l’espoir chevillé au corps, un œil toujours tourné vers l’enfance... Mais, en chanson, tout ça devient un baume, une réjouissance, une façon de se moquer ou de s'émouvoir, une célébration de cette drôle de vie qui est la nôtre. Dont le mystère, la musique sous-jacente, c'est sûr, confine au magique…

 

À signaler aussi le format A6 de l’album qui tient bien dans la poche revolver, à dégainer à la vue de toute guitare avenante ou à l’écoute de toute voix engageante…  

 

Et la photo de couverture signée Derry Turla.

 

Éric Allard

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2016/07/11/album-number-one-cinema-magique-de-carine-laure-desguin-8628095.html

 

De Deis Billamboz:

Les enfants du Grand Jardin – Carine-Laure Desguin

« D’accord on serait des … », tous les parents de plusieurs enfants ont entendu leurs charmants bambins formuler une hypothèse commençant par cette formule qui laisse une porte largement ouverte à leur imagination débordante. Si vous avez oublié votre imagination infantile vous risquez de vous perdre dans les méandres de la magie de Carine-Laure car, elle aussi, elle a dû, en flânant dans un parc quelconque entendre des petites filles se lancer dans un grand délire que les adultes ne peuvent pas comprendre. Elle a confié au petit Vérone le soin de raconter l’histoire inventée, dans le Grand Jardin, par deux fillettes, Nicole et Marianne, pour vivre le jeu qu’elles ont inventé dans un monde qu’elles seules peuvent comprendre. Peut-être que Carine-Laure a aussi lu le fameux livre de Salman Rushdie, « Les enfants de minuit » et qu’elle a voulu à son tour essayer de percer le mystère de la magie que les enfants sont capables d’inventer pour échapper à la vie si mal construite par les adultes.

Dans le parc du Grand Jardin, Marianne et Nicole « grandes comme deux guirlandes du troisième jour ressuscité, cousues ensemble »,  inventent un monde de guirlandes d’enfants, « les têtes à trous », qu’elles nomment par des noms de villes, de pays, certainement des noms qu’elles ont saisis à la sortie de la bouche des adultes. «  On asperge aux Amériques, on rêve en Europe, on picore au milieu de l’Afrique. Pour l’Asie et l’Océanie, ça dépend des jours. Et puis, je ne comprends pas tout moi-même, alors… » Elles ont voulu les faire vivre à leur façon comme les parents semblent les faire vivre à la leur. C’est comme ça que j’ai lu ce livre car Carine-Laure, s’est laissé emporter dans le monde imaginaire,  magique, fantasmagorique inventé par ces deux gamines sans se soucier de ce qu’en tireront les pauvres lecteurs égarés dans ses lignes.  Et de toute façon, une fois édité, le lire appartient au lecteur qui en fait la lecture qu’il comprend ou ressent. Cette lecture m’a enchanté, elle m’a ramené dans un temps très lointain où je n’étais pas plus haut que ces gamines, dans un temps où la réalité n’était que celle que nous voulions faire, où celle des adultes nous échappait totalement et nous emblait bien difficile à vivre.

En se glissant dans la peau du petit Vérone pour raconter les histoires des deux fillettes, Carine-Laure a retrouvé toute sa fraîcheur enfantine, elle a redécouvert un langage, même s’il était certainement moins élaboré, dont elle usait peut-être quand elle n’était encore qu’une fillette candide. Un langage truffé de mots inventés, déformés, d’expressions très imagées mais aussi un langage rempli de jeux de mots, de calembours, d’aphorismes, de jeux d’assonance, de termes détournés de leur sens initial, des mots venus, eux, de son présent et non pas de son enfance. Un vrai bonheur de lecture pour ceux qui aiment jouer avec les mots, leur faire dire ce qu’ils n’avaient pas prévu de dire, leur faire raconter une autre histoire. « Moi, Vérone, le p’tit gars qui vous raconte du fantastique dans cette histoire, je suis haut de forme de pot de ne rien sans voiler, de tout vous tanguer. » Vérone il raconte ce qu’il peut avec les mots que Carine-Laure lui prête. « Alors nous, on absorbe ces vérités-là. On ne sait que celles-là, ce sont celles qui coulent toutes humides de rires et de larmes de la bouche des deux fées. » Il ne sait peut-être pas, le petit Vérone, que son texte est formidablement poétique et qu’il est beau. « C’est du beau derrière les yeux, du baume sur le cœur, du rêve jamais entamé avant cette glorieuse journée de rois couronnés. »

Et dans le Grand Jardin, « Avec une voix isocèle de clairière cristalline et équilatérale de victoire. Nicole et Marianne chantent en gesticulant de leurs doigts de fée et secouent la démesure… » pour que le monde des enfants vivent toujours et qu’un jour peut-être il remplace le triste monde des adultes.