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Le Transfert commentaire comité lecture

 

Pour commander ce livre: 

https://www.editionschloedeslys.be/catalogue/1122-le-transfert.html?search_query=le+transfert&results=4  

Le Transfert, pièce en trois actes (préfacée par Eric Allard) qui raconte une histoire décalée et absurde à gogo. Les dossiers médicaux d’un hôpital se perdent dans les poubelles des ordinateurs et les patients ont désormais le statut d’inexistants ! Docteur, où dois-je inscrire les paramètres de ce non-patient? Dans le non-temps ?

La première lecture mondiale de cette pièce déjantée a eu lieu le 4 février 2018 au Centre Culturel de Frameries, dans une mise en voix d’Eryk Serkhine (Box Théâtre de Mons).

Commentaire de Serge Guérit

J'ai lu "transfert" de Carine-Laure Desguin. 
Faire la connaissance de Carine-Laure, c'est vivre l'aventure dans l'aventure. 
Absurde me direz-vous! oui! une aventure cruelle, du Kafka en pyjama rayé, quelquefois déjantée ou acide.
Quand Carine-Laure vous fait avaler des boutons de mercerie réduits en poudre, vous fait construire votre propre cercueil en carton ou vous transfert, avec un clown, dans les méandres de l'informatique d'où vous n'en sortirez peut-être jamais, oui c'est l'aventure, son univers.
Alors attention, une jolie femme, oui mais pas toute seule dans sa tête ... et ça ... c'est tout son charme.
Merci Carine-Laure.

 

Commentaire de Bob Boutique

Et elle fait du théâtre maintenant !

Mais attention...
Cette pièce "Le Transfert" n'existe pas. Je viens de vérifier. C'est une véritable escroquerie, n' y a dans ce livret que des pages blanches, "inexistantes" ! ...

Lisez, vous comprendrez.

 

Commentaire de Jean Destrée

J'ai lu et relu ton texte. Le moins qu'on puisse dire est qu'il est interpellant. Tes personnages sont en voyage dans un univers informatisé qui les rends incapables de sortir d'un système qui rejette toute démarche logiquement humaine. Un univers à la fois kafkaïen dépourvu l'empathie surtout de la part de l'infirmière et glissant lentement à la limite du surréalisme qui fait trembler. Mais aussi un univers digne d'Aldous Huxley et son "'Meilleur des mondes". La première lecture m'a déconcerté et j'ai songé à fermer le livre en me demandant si tu n'avais pas fait un cauchemar. Puis j'ai suivi ta démarche qui semble demander au lecteur du recul pour comprendre l'opposition entre les "professionnels" de la médecine, tout puissants et le malade, victime d'une science à laquelle il ne comprend rien. Sans espoir, l'être humain face à la technologie devient peu à peu une machine programmée pour effectuer des tâches voulues par le programme.

J'ai aussi ressenti chez toi, à travers ton texte, une certaine révolte intérieure devant ce monde de science fiction, formaté, inhumain qui risque de plonger l'humanité dans une sorte de désespoir. Le sursaut d'humanité se trouve dans le personnage du malade qui veut résister malgré tout à la machine mais qui finit par abandonner. Seul le clown reste le rempart à la déshumanisation Peut-être que le rire sauvera l'humanité. Les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo  l'avaient bien compris depuis des années.

 

Le transfert de Carine-Laure Desguin (lu par Edmée De Xhavée)

 

Je l’ai lu, je l’ai lu, presque d’une traite, et je peux vous dire que… ô lecteur qui entre dans ces pages, abandonne toutes tes certitudes, tu es parti pour un voyage dont tu pourrais ne pas revenir autrement que dans une clé USB…

On rit, mais un peu jaune quand même. Il est interdit pourtant de ne pas rire du clown, car ce rire-là est un passeport pour le maintien de l’existence des malades. On ne rit pas ? Oups, inexistence programmée. L’infirmière, drillée comme une femme-robot sortie d’un film de science-fiction, elle connait tout le savoir-vivre de ce nouveau monde, mais le médecin, lui… il patauge encore et emploie, le vilain malappris, des mots censurés par le politically correct en vogue dans un nouvel univers aux codes incontournables. C’est pour le bien de tous.

On assiste à un instant entre deux réalités, le pont étant le transfert.

La programmation. Inexorable, sans pitié, sans états d’âme, c’est la règle hein, qu’y faire ? Car il n’est pire maladie que la non-conformité, et il faut éradiquer, empêcher la contagion, la résistance, les ruses d’un malade qui soudain dit avoir une folle envie de rire… Que nenni, l’infirmière que rien ne détourne de son devoir sacré ne laissera pas le médecin lui parler de ces choses dérisoires, humaines, compatissantes.

Futuriste ? Heuuuu… c’est au tournant, c’est pour ça qu’on rit, oui, mais de plus en plus jaune…

Chloé des lys, 15,70 euros et 74 pages de bonheur aigre-doux, y-comprise une préface d’Eric Allard

 

 

Le Transfert, lecture et commentaire de Denis Billamboz

 

 

 

Auteure polyvalente, Carine-Laure Desguin aborde, avec cette dernière publication, un genre littéraire nouveau pour elle : le théâtre, dans une pièce intitulée « Le transfert », qu’Éric Allard, le préfacier, définit comme suit dans son propos introductif particulièrement fouillé : « Le transfert met en scène un moment de bascule qui, dans un système totalitaire donné, fait verser des êtres humains du réel vers le virtuel, de l’existant vers l’inexistant. »

 

Dans un établissement hospitalier qu’on pourrait penser être un établissement psychiatrique, un médecin et une infirmière, assistés d’un robot, évoquent le sort d’un des deux patients présents dans la même chambre, après le passage du clown maison chargé de faire rire les malades. Le clown n’a pas pu faire rire ce patient, le médecin et l’infirmière doivent en tirer les conclusions et ils ne sont pas d’accord sur le sort qui doit lui être réservé. Comme il ne sait plus rire, il devrait être, selon le règlement, transféré dans la non-existence car un être qui ne sait pas rire est un non-existant qui n’a plus sa place parmi les vivants.

 

Cette pièce dans le genre absurde évoque un milieu carcéral ou concentrationnaire où les faibles sont éliminés ou mis à part. « …  ici, tu es dans un bâtiment très spécial. Regarde, ton pyjama est rayé. » (allusion à un uniforme de funeste mémoire). « Il y a un règlement, voilà tout ! ». Le patient doit être soumis aux dispositions du règlements mais le médecin pense qu’il peut encore être considéré comme un vivant. Le patient se défend en expliquant que son milieu ressemble à une prison ou à un camp : « Tout le monde est en uniforme, des uniformes de couleurs différentes. Une sorte de hiérarchie des couleurs. », et que ça ressemble à un établissement concentrationnaire.

 

Cette pièce pourrait aussi évoquer une maladie qui fait glisser tout doucement le patient vers la perte totale de la mémoire jusqu’à la perte du rire et de la raison de rire. Une façon d’évoquer la maladie d’Alzheimer qui est devenue une cause prioritaire dans le domaine de la santé publique. « Lorsque les souvenirs deviennent douloureux, on glisse vers la voie de la non-existence ».

 

Bien évidemment, cette pièce est avant tout un texte absurde qui rappelle les grands auteurs qui ont excellé dans le domaine : Kafka, Beckett, Ionesco et d’autres encore, mais elle pourrait aussi dénoncer les carences du milieu hospitalier face à certaines maladies ou dégénérescences qu’on juge incurables. L’auteure semble bien connaitre ce milieu et les problèmes qu’il subit tout autant que les conditions dans lesquelles les patients sont traités.

 

J’ai aussi trouvé dans ce texte comme un cri d’alerte devant la virtualisation d’une société qui ne fonctionnerait plus que comme un jeu vidéo où l’on élimine ceux qu’on ne désire plus voir selon des programmes immuables qui contrôlerait tout et décideraient du sort de chacun.

 

Il nous manque le jeu des acteurs de cette pièce absurde pour apprécier toute l’ampleur de cette scène qui démontre l’incapacité de cet hôpital psychiatrique à apporter des soins appropriés à ses patients. Parfois l’absurdité dévoile mieux la vérité que les raisonnements les plus cartésiens.

 

 « Lorsqu’un bureau est vide, cela signifie qu’il est rempli de dossier inexistants ». C’est pourtant simple à comprendre !

 

 Lecture et commentaire de Joseph Bodson

(sur le site de l'AREAW: 

 

 

 

 

Carine-Laure Desguin, Le Transfert. théâtre, Chloé des Lys, 2019.

 

C’est un sujet difficile que celui auquel Carine-Laure Desguin se mesure ici, il fait un peu songer à Kafka (La Métamorphose), à George Orwell, à Swift…Bien sûr, je puis vous dire que tout ici est métaphore, mais ce ne sera guère qu’un placebo, car je n’en suis pas si sûr que cela. Il y a tant de situations dans ce monde où nous vivons qui pourraient s’y rattacher, tant de faits, de réflexions, de chiffres qui nous y entraînent…Transfert, c’est-à-dire déplacement , et cela évoque le football, avec ses achats de joueurs (un joueur est-il encore un homme, ou déjà un demi-dieu, même s’il a, comme Achille, le tendon vulnérable), transport, que ce soit par ambulance ou par l’absorption de médicaments…

 

C’est un peu un synonyme de délocalisation, – et ici, cela s’applique aux hommes comme aux entreprises, et aux légumes. Vous arrivez le matin à votre bureau, votre place n’est plus votre place, il n’y a plus rien, qu’une place qu’on vous désigne au hasard, et des murs nus.

 

Ici, en fait, il s’agit de passer du monde des existants à celui de la non-existence. Les médicaments agissent avec une certaine lenteur, enlevant peu à peu à l’individu ce qui faisait de lui un homme: Mon tout est un homme. L’infirmière veille strictement à ce que la procédure soit respectée, et certains mots – ceux qui évoquent les sentiments humains – sont strictement interdits. Un médecin aussi est présent, mais il est lui aussi en débit de transfert.

 

Disons tout de suite que Carine-Laure Desguin avec cette pièce,e a gagné la partie: les dialogues sont vifs, incisifs, rien ne traîne, rien d’inutile. Le sens – celui du néant, de l’anonymat – apparaît très clairement, sans fioritures, et chacun de nous doit se sentir concerné. Des formules heureuses (même si elles parlent du plus grand malheur qui soit) parsèment le texte: Le blanc, c’est la couleur du vide (p.35)Elle a le don de la formule brillante et concise qui recherche le débat, ou plutôt qui le bloque. C’est sans solution. Numériser les dossiers absents des inexistants. (p.45): la bureaucratie de l’absurde. L’urinal banni des chambres devient une sorte de symbole fort: un inexistant ne peut pas pisser. Et le patient en est à se demander quelle faute il a commise…

 

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à souhaiter à cette pièce tout le succès qu’elle mérite. Non pas une pièce qui vous pousse à désespérer, mais bien à prendre conscience de ce néant, de cette non-existence vers laquelle on vous pousse. Il ne reste plus que le rire qui puisse nous sauver, même si c’est un rire un peu grinçant.

 

 

 

Joseph Bodson

 

Lecture et commentaire de Christine Brunet

Je termine la pièce de théâtre signée Carine-Laure Desguin et je reste sans voix. 

 

Je ne vais pas commencer par vous parler du texte. Pourquoi ? Tout simplment parce que le livre commence par une préface... 

 

En fait, je ne lis jamais les préfaces mais, pour une fois, je m'y suis plongée... magnifique et très juste, une analyse signée Eric Allard. En fait, j'aurais dû la lire APRESparce qu'avant même d'avoir lu le premier mot de la première scène, je savais tout ce qu'il y avait à savoir... tout ce à quoi m'attendre et quoi en penser... Dommage. 

 

Pas le choix... J'ai reposé le livre et l'ai rangé bien en vue pour qu'il titille à nouveau mon envie de découverte avec le besoin d'oublier cette satanée préface. 

 

Pas simple mais le titre n'a pas cessé de me faire de l'oeil et j'ai succombé... Premiers mots, premières réparties... Je plonge dans un cauchemar mais je vais me réveiller, c'est sûr... Enfin peut-être : et si je n'étais pas ? 

 

Je ferme les yeux et les rouvre en m'attendant à découvrir un environnement aseptisé et, penchés sur un moi en pyjama rayé, une tête de clown blanc (je déteste les clowns !), le regard vide d'une infirmière lobotomisée par la propagande et la physionomie d'un médecin qui refuse de l'être, lui (lobotomisé). 

 

Réflexion sur la société, sur la psychologie humaine et ses travers, Le transfert est une pièce qui joue avec le lecteur, avec ses réactions, sa propre sensibilité et son sens critique. (Pas question de vous en dire plus, en fait, je ne vais pas réécrire l'analyse d'Eric Allard).

 

La plume de l'auteur est précise, naturelle, acide, ironique, affolante. Les dialogues suscitent le sourire ou tapent sur les nerfs... Les situations pourraient prêter à rire si elles n'étaient pathétiques. C'est là tout le brio de Carine-Laure, tout le talent.

 

Je lui souhaite de parvenir à faire jouer sa pièce sur scène afin de donner à ses mots toute la portée qu'ils méritent.

 

Christine Brunet

 

www.christine-brunet.com